Le Canotier, un lieu et une histoire indéfectiblement liées à celle de Simple Minds et The B-52’s

Beat Bang
2 décembre 2015

On ne sait au juste quand le bâtiment abritant ce qui allait devenir Le Canotier fut érigé. Vraisemblablement au début du vingtième siècle à en juger par le style de la façade. De toute évidence, le nom fait référence aux canotiers qui animaient alors les berges des étangs de la Woluwe situés à proximité. A l’origine une salle de bals pour la bourgeoise des beaux quartiers d’Auderghem, le Canotier deviendra tour à tour casino, salle de variétés, cinéma et puis discothèque sous le nom ‘Les Gémeaux’, changera de nom pour être définitivement rasé suite à des contraintes urbanistiques.

Dans les années 70, le lieu accueille des concerts mais c’est vers la fin de la décennie que la programmation semble suivre un cours soutenu. On y voit ainsi à l’affiche des artistes comme Jonathan Richman, Cherry Vanilia, les Flamin’ Groovies ou encore les Stinky Toys (le premier groupe d’Elli Medeiros et de Jacno) qui sont à leur âge d’or. Les formations belges sont aussi présentes quoique dans une moindre mesure. On note le passage, à plusieurs reprises, d’Hubble Bubble, le groupe punk au sein duquel Plastic Bertrand fit ses premiers pas.

Parfois, le Canotier n’hésite pas ouvrir ses portes à des aventures avant-gardistes. Ainsi Wayne County (qui se rebaptisera Jayne County), la première chanteuse rock transsexuelle, issue du courant glam punk avec son groupe The Electric Chairs, y effectue un détour. Formée au Max’s Kansas City Le concert restera en mémoire pour ceux qui y étaient et donnera à une impulsion certaine à la popularité des B-52’s en Belgiqueet plus tard dans les souterrains de Londres, elle incarne la ‘blank generation’ du milieu des seventies, cette période charnière de la naissance du punk.

L’histoire du Canotier est indéfectiblement liée à celle de deux groupes jusqu’alors confidentiels mais qui deviendront célèbres par la suite en y faisant l’un et l’autre une apparition remarquée : The B-52’s et Simple Minds.

The B-52’s y joueront en juillet 1979 tandis que leur premier album éponyme magnifiquement produit par Chris Blackwell dans son studio de Nassau vient de sortir. A la fois irrésistiblement dansant et inquiétant dans ses ambiances, ‘Planet Claire’, sa plage introductive, est le deuxième single à en être issu. Le chanteur Fred Schneider y utilise un walkie-talkie – un gimmick qui apparaît comme une réponse involontaire et comique au vocoder amplement utilisé dans le disco de l’époque – tandis que le guitariste Ricky Wilson recourt à une alarme d’incendie pour angoisser l’atmosphère. Le titre demeurera un des morceaux phares de la new-wave et s’avérera un single permettant au groupe de décoller. Le concert restera en mémoire pour ceux qui y étaient et donnera à une impulsion certaine à la popularité des B-52’s en Belgique.

Au cours de la même année, à la mi-octobre, Simple Minds dont la discographie se résulte alors au seul album ‘Life in a Day’ mais qui vient de boucler la réalisation de ‘Real to Real Cacophony’ prend possession de la petite scène. Le concert est historique car c’est son premier en Belgique (il reviendra l’année d’après à Forest National en première partie de Peter Gabriel). Nicolas Blanmont, qui n’était pas encore le chroniqueur de musique classique qu’il deviendra par la suite, figure parmi les spectateurs qui sont moins d’une centaine. Il restera abasourdi par les débuts du groupe écossais. Les quelques photos qui témoignent de l’événement montrent des musiciens un rien trop raides sur leur instrument, un peu à l’étroit sur une scène trop étriquée, gênés par des projecteurs encombrants. Jim Kerr esquisse déjà ses premières figures gestuelles scéniques mais il ne possède pas encore le charisme qu’il acquerra quelques années après avec son best-seller ‘New Gold Dream’. Il n’a encore jamais foulé de ses pieds la scène d’un stade et quelque chose d’immaculé habite son visage. Simple Minds est alors de toute évidence un groupe marqué du sceau de la candeur juvénile.

On ne sait quand au juste vers le début des années 80 l’enseigne du Canotier cédera la place à celle du Cactus. Une chose est certaine, le lieu deviendra à partir de ce moment-là une discothèque à visée commerciale drainant un public davantage noctambule qu’audiophile et perdra irrémédiablement le charme qu’il avait acquis au cours de décennies de spectacles en tous genres. Le néon criard chassera loin derrière les images fantômes soniques qui peuplèrent ses murs.

Eric Therer