Caroline Music Bruxelles

photo Caravane

Faisant aujourd’hui de l’œil à l’Ancienne Belgique depuis le trottoir d’en face d’un boulevard Anspach devenu piétonnier au mitan 2015, Caroline Music Bruxelles s’offre une visibilité inédite et un espace d’accueil élargi (sur deux niveaux), fruit de sa fusion somme toute logique avec le Goupil-O-Phone (ex B-Side, orienté vinyle), au 101 dudit boulevard depuis janvier 2013. Ouvert sept jours sur sept.

Disquaire totalement indépendant depuis septembre 1977 (et après la mort d’Elvis) et retombée concrète d’une déferlante punk qui a touché le plat pays au cœur, Caroline Music connait des débuts discrets à la Rue Marché aux Herbes, un lieu qui se révèlera rapidement trop exigu, et emménage centre-ville (1000 Bruxelles) où l’officine musicale, deviendra, 31 années durant (1981-2012), l’une des enseignes les plus courues du Passage Saint-Honoré, à deux pas de la place et station de métro De Brouckère. «On avait fait importer, la caisse, le comptoir et le tourniquet à l’entrée directement d’Angleterre, et qui donc, pour le gag, se poussait dans le sens contraire ! » Se souvient Dédé, l’une des deux chevilles ouvrières de l’enseigne au design BD intemporel depuis ses origines !

Dès le départ, Caroline Music répond aux besoins et envies musicales – presque non-formulés – de publics variés et passionnés qui ont du mal à connaitre et surtout dénicher les précieuses plaques (d’abord en vinyle puis en CD et à nouveau en vinyle) issues d’une scène rock anglo-saxonne – au sens très large du terme, du punk à la nébuleuse metal, de la soul à la pop synthétique, sans oublier le folk, les inclassables, et même peu de chanson française ou de sono mondiale – en émulation et ébullition (cyclique) permanente, mais dont les disques étaient peu ou prou mal ou pas distribués ici. «  Dès la fin des années septante et pendant de longues années, on se fournissait chez des grossistes, principalement en Hollande (Bertus) et en Grande-Bretagne. On prenait la malle Ostende-Douvres une ou deux fois par semaine, ou même l’avion, et on revenait avec des valises entières de disques qu’on déballait parfois devant les premiers clients du lendemain !». Raconte, presque ému Dédé qui a sa petite explication à propos de la longévité exceptionnelle de Caroline. « Depuis toujours, on est sur la balle question  nouvelles tendances, mais sans jamais oublier un certain passé du rock. Chez Caroline, en 1977, on trouvait Clash et Magma ! ». Et une tonne de souvenirs plus ou moins exceptionnels à la clé : « on a eu Springsteen incognito dans le magasin, une overdose et même le décès d’un représentant ! »

« Je me souviens qu’il fallait chercher un peu avant de trouver quelque chose qui me parlait, quand c’était encore la grande époque des CD dans les années nonante. C’était surtout un lieu fréquenté par des passionnés qu’on revoyait aux concerts. J’y allais 3 à 4 fois par semaine » Se rappelle Massimo, client indéfectible d’hier, passé de l’autre côté du comptoir à l’issue de ses études de journalisme & communication en 2008. A l’époque, le magasin employait quatre personnes, alors que la crise du support CD faisait sentir ses effets de plus en plus cruellement chaque jour. «  Quand on s’est retrouvés à deux et demi, on croyait qu’on se rapprochait inexorablement de la fin. Et puis le vinyle est revenu, avec lui, un certain retour à l’objet discographique et un (jeune) public qui ne nous avait jamais fréquenté ou ne venait plus » ajoute le passionné. Une autre activité qui provoquait des files dès le lundi matin était celle de la billetterie, aujourd’hui abandonnée, tandis qu’à l’étage du magasin, un vaste choix de CD, 33 tours et DVD (cinéma) de seconde main complète l’offre vinylique (et son lot de séries à tirages limités et luxueuses). « Avec le recul, (NDLR au Passage Saint-Honoré), je me dis parfois qu’on aurait peut-être pu créer davantage d’interactivité, en accueillant plus fréquemment des musiciens (Mauro Pawlowski y a donné un petit show case), en même temps, le déclin de la galerie du Passage S-H s’est  fait en parallèle de celui Caroline.

Dernier changement notable sur Anspach, la mutation du quartier en espace piétonnier qui a modifié la donne sociologique, ajoutant cohortes de touristes (internationaux) de passage, aux habituels publics ponctuels locaux et noyau de fidèles. « Avec parmi eux, des clients qui viennent depuis 20 ans, chaque semaine à même heure le même jour, connaissent les gens du magasin par leur prénom, et parmi eux de temps en temps un musicien (peu) discret qui vérifie que ses disques sont dans les bacs ! ». Ajoute Dédé! « Ce qui ne doit pas changer chez Caroline, c’est la convivialité et la  qualité du conseil. Ce petit plus qui fait que le client vient chez nous plutôt que d’aller en grandes surfaces, sur Amazon ou eBay, ou se contente de télécharger l’album. On ne propose pas beaucoup moins de références qu’auparavant, c’est surtout le nombre d’exemplaires qui a considérablement diminué. Je crois me souvenir que c’est même « Violator » de Depeche Mode qui représente notre record de vente absolu».

YH